Très Révérends Chevaliers, Révérends Chevaliers, Très Respectables Frères, mes Très Chers Frères,

 

Vous mesurez sans doute autant que moi le chemin que nous avons parcouru tous ensemble, au cours de ces trois années de tumulte.

Lorsque, nouvellement élu dans la fonction de Grand Prieur, je m’adressais à vous le 6 octobre 2012, la situation était telle que nous aurions pu craindre l’éclatement de notre Grand Prieuré. Pourtant nous avions tous la ferme conviction, ainsi que je le rappelais alors, que l’Ordre Intérieur n’est soumis ni au temps ni à l’espace, qu’il est éternel et immuable.

Trois ans plus tard, nous en avons la preuve éclatante. Non seulement l’Ordre n’a pas été touché dans ses fondements, ce qui dans une perspective traditionnelle est rigoureusement impossible, mais le Grand Prieuré, sa manifestation visible et temporelle, a survécu.

Il a survécu parce qu’il s’est mis à l’Ordre.

Se mettre à l’Ordre, c’est bien plus et bien autre chose que se mettre en ordre, même s’il faut d’abord en passer par là.

Pour nous mettre en ordre, nous avons maintenu notre régularité, dans les circonstances que vous connaissez. Comme nous l’avions dit d’emblée, nous avons demandé à tous nos membres qui avaient quitté la GLNF de réintégrer l’obédience dès qu’il a été certain que la GLUA la reconnaitrait à nouveau.

Nous avons fait en sorte que le Grand Prieuré Rectifié de France participe à toutes les manifestations et fêtes d’Ordre auxquelles il est invité.

Grâce à l’appui inconditionnel de nos FF du Freimaurerorden, nous avons pu, à un moment où les Juridictions rectifiées régulières s’étaient détournées de nous, maintenir le contact et établir de nouveaux liens avec les représentants de la maçonnerie d’inspiration chrétienne particulièrement dans les pays scandinaves. La présence aujourd’hui de leurs Grands Maitres témoigne de leur attachement à notre Ordre et à ce qu’il représente dans l’histoire de la maçonnerie européenne.

Nous avons poursuivi et renforcé nos relations d’amitié avec les Juridictions des autres rites pratiqués à la GLNF. Nous avons vécu les mêmes vicissitudes, nous avons les mêmes préoccupations, nous partageons avec elles la même vision de la maçonnerie traditionnelle et de ses exigences.

Nous avons reçu avec joie la décision du Grand Prieuré de Belgique de renouer avec nous des liens officiels et nous avons de bonnes raisons d’espérer que les autres Grands Prieurés rectifiés réguliers ne tarderont pas à en faire autant.

Que tous ici soient remerciés de n’avoir pas douté, d’avoir agi selon le cœur, en fraternité chevaleresque.

Sur le plan interne, nous avons accueilli tous les Frères qui nous avaient quittés et qui demandaient leur retour. Nous avons resserré notre organisation, amélioré nos procédures, facilité la communication entre nos membres. Nous préparons une révision de nos Règlements Généraux pour prendre en compte ces modifications.

Voilà pour la mise en ordre. Elle était nécessaire, mais non suffisante.

Car la mission du Grand Prieuré est avant tout spirituelle. Elle est de rendre possible la rencontre en nous-même du Seigneur intérieur, dont le T.R.C. Jacques Eques a Semita Solitaria, Grand Prieur d’Honneur, nous a parlé à l’instant.

C’est là le but ultime de l’initiation, celui de l’homme tridimensionnel que notre parcours maçonnique prépare et que l’état de Chevalier réalise, quand il est vécu en plénitude et en profondeur.

Notre Grand Prieuré n’est pas une institution qui délivrerait à ses membres la consolation d’un message, d’une doctrine ou de signes d’appartenance.
Il ne peut être un lieu de confort pour notre âme, au risque de se perdre et de nous perdre avec lui. Il s’adresse à nous dans l’exigence et l’assurance de la Jérusalem Céleste.

La mise à l'Ordre repose sur deux piliers qui sont la hiérarchie et l'harmonie. Oublions un instant le sens dégradé qu'ont pris ces termes dans le langage d'aujourd'hui.
La hiérarchie c'est, à l'origine, la prééminence du sacré et l'harmonie la bonne articulation des jointures.

En d'autres termes, l'Ordre et ses membres forment un tout. Les plans qui le composent s'ajustent sans heurts selon une succession qui va du centre à la périphérie et qui s'ordonne pour chacun de nous sur l'axe tridimensionnel esprit-âme-corps et pour l'Ordre sur l'axe vertical ciel-terre symbolisé par les deux Jérusalem.

L’Ordre est le lieu d’une révélation, d’un dévoilement, ceux-là même que nous annonce l’Apocalypse de Jean (dont c’est le sens premier et profond).

« Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre, car le premier ciel et la première terre avaient disparu et la mer n'existait plus.
Je vis descendre du ciel, d'auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, préparée comme une mariée qui s'est faite belle pour son époux.

J'entendis une voix forte venant du ciel qui disait: «Voici le tabernacle de Dieu parmi les hommes! Il habitera avec eux, ils seront son peuple et Dieu lui-même sera avec eux, [il sera leur Dieu].
Il essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car ce qui existait avant a disparu.»

Celui qui était assis sur le trône dit: «Voici que je fais toutes choses nouvelles.» Il ajouta: «Ecris cela, car ces paroles sont dignes de confiance et vraies.»
Puis il me dit: «Je suis l'Alpha et l'Oméga, le commencement et la fin. A celui qui a soif, je donnerai à boire gratuitement de la source de l'eau de la vie11 ».

Les Chevaliers de l’Ordre, les Chevaliers à l’Ordre sont ceux qui ont soif de cette eau-là. Pour eux, toute chose est nouvelle, ici et maintenant, c’est-à-dire éternellement.

 

 

Jean-Louis, Eques a Vero Desiderio Grand Prieur – Grand Maitre National